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Dimanche, Bayrou joue l'après-présidentielle

Le Point.fr - Publié le 21/04/2012 à 10:19 - Modifié le 21/04/2012 à 11:11

Le candidat centriste, qui se projette, à mots couverts, dans l'après-2012, a fait un ultime déplacement de campagne, vendredi à Annecy.

François Bayrou lors de son déplacement à Annecy, le 20 avril.

 

C'est sur les bords du lac d'Annecy, où il était allé en janvier, en pleine ascension, que la campagne de premier tour de François Bayrou s'est terminée, vendredi. Sans trompettes ni grand discours. Après un bain de foule chaleureux dans la vieille ville - qui, de son propre aveu, "rappelait 2007" -, le candidat centriste a simplement lancé, devant une centaine de militants réunis en plein air, un appel aux "indécis", à "ceux qui n'ont jamais trouvé" et à "ceux qui se mettent à hésiter", dont il a dit comprendre la "frustration" et la "colère". À 36 heures du premier tour, il les a invités à se poser les questions importantes à ses yeux : "Qui a dit la vérité sur l'état du pays ? Qui a refusé de raconter des histoires ? Qui a résisté, ces dernières années, à toutes les pressions ?" Voilà pour les dernières tentatives de séduction.

S'adressant plus particulièrement à ses soutiens, François Bayrou a également assuré : "Cette campagne électorale ne s'arrête pas là." Plus qu'un ultime message d'espoir, une allusion au défi qu'il s'est lancé pour l'après-2012 : la réunification de la famille centriste. S'il s'est souvent montré plus convaincant, sur la forme, durant ces deux dernières semaines de campagne - "Parce qu'il a intégré le fait qu'il ne serait pas au second tour", remarque-t-on, sans moquerie, dans son entourage -, François Bayrou aura en effet, à plusieurs reprises, accepté d'évoquer sa probable défaite et donc ses projets pour la suite.

Un score à deux chiffres pour s'imposer au centre

Convaincu que François Hollande l'emportera, au second tour, face à Nicolas Sarkozy, mais aussi que la droite subira une "déroute" aux prochaines législatives, le candidat du MoDem, table en privé sur une implosion de l'UMP, d'un côté, et sur un Parti socialiste tiré sur sa gauche à cause de la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, de l'autre. Ainsi tire-t-il la conclusion géométrique que l'espace s'élargit suffisamment au centre pour construire un groupe charnière à l'Assemblée nationale, en association avec les ex-UDF du Nouveau Centre, les radicaux de Jean-Louis Borloo et les déçus de Sarkozy à l'UMP. Mercredi soir, dans un train de retour de Lille, le patron du MoDem a même assumé - chose inhabituelle chez lui dès lors qu'il s'agit de tractations politiques - le fait d'avoir "des contacts avec beaucoup de gens".

Si l'ambition de Bayrou pourrait se heurter, entre autres obstacles, aux ego des chefs de file du centre droit, Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, pour l'heure, la question est de savoir quelle position il adoptera après les résultats du 22 avril. Son score - à deux chiffres, ou non ? - reste à ce titre un enjeu crucial, ne serait-ce que pour s'imposer clairement comme le leader naturel de cette hypothétique réunion du centre et du centre droit.

"Je n'appréhende rien"

Quant à la possibilité qu'il appelle à voter pour l'un des deux candidats du second tour, elle semble presque définitivement écartée. Et puis Bayrou a toujours dit ne pas croire au principe même de la consigne de vote. Alors, si l'auteur d'Abus de pouvoir devait soutenir l'un d'entre eux, cela ne pourrait être, pour rester cohérent avec son positionnement et même avec ses critiques émises depuis 2007, qu'à titre personnel, et avec toutes les précautions oratoires du monde. Reste que cela n'en demeurerait pas moins un geste symbolique fort, en particulier vis à vis des "centristes" de l'UMP, et lui permettrait par la même occasion de tenir la promesse qu'il avait faite en juillet dernier : celle de ne pas (tout à fait) reproduire le "ni Sarko ni Ségo" de 2007. Dans cette hypothèse, le patron du MoDem, qui se dit "plus proche politiquement" de Sarkozy mais "humainement" de Hollande, a bien plus de raisons stratégiques de soutenir le premier, même du bout de lèvres. Notamment celle de vouloir s'inscrire clairement dans l'opposition face au socialiste, si celui-ci est élu le 6 mai. "Ce sera un choix collégial", a-t-il toutefois expliqué.

Dans le public, à Annecy, on pouvait entendre ça et là les commentaires de fidèles : "Il restera droit dans ses bottes, j'en suis sûr!" En aparté avec une poignée de journalistes avant de repartir pour sa maison de Bordères, où il sera jusqu'à dimanche après-midi, François Bayrou a affirmé être "de très bonne humeur" et "ne rien appréhender" avant le vote. "Je n'ai aucun regret, car les regrets sont stériles. On a conduit la campagne comme il fallait le faire, les gens savent ça", a-t-il même ajouté. Avant de plaisanter sur son emploi du temps de dimanche : "Le matin, j'irai voter à Pau. Je m'exprimerai le soir. Et... je ruminerai l'après-midi."

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