QUIMPER FINISTERE BRETAGNE
Le leader du Modem, François Bayrou, ici lors de l'université d'été du Modem à Giens en septembre 2011.
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Le leader du Modem se lance officiellement dans la course à l'Elysée. Seul. Mais contrairement à 2007, il prépare aussi le terrain à une alliance politique dans l'entre-deux-tours. Et si c'était avec le PS?
Ce n'est une surprise pour personne. "Oui", a-t-il répondu à Laurence Ferrari sur TF1 ce jeudi soir, François Bayrou a décidé d'être candidat à l'Elysée, même s'il ne le sera officiellement que la semaine du 5 décembre. Au-delà des vicissitudes de ces candidatures teasing, dont il n'a pas le monopole, voilà le président du Modem qui se lance de nouveau seul, ou presque, dans l'aventure présidentielle. Lui qui culmine à 6 ou 7% dans les sondages espère sans doute rééditer le coup de 2007. Mais contrairement à cette année-là, il prépare aussi le coup d'après: l'entre-deux-tours et les législatives.
"Nous avons notre propre programme, et nous le défendrons pendant la campagne, explique Robert Rochefort, député européen et vice-président du Modem. Nous ne nous lancerons dans aucune négociation avec qui que ce soit avant le second tour de la présidentielle".
Ils nous rejoindront sur nos thèmes, pas pour nous faire plaisir évidemment, mais par nécessité
Mais après? "Le vrai débat de l'entre-deux tours, poursuit Robert Rochefort, ce sera le plan d'urgence pour reconstruire la France". La lutte contre l'endettement, dont François Bayrou avait fait l'un de ses thèmes de prédilection dès 2007, est en effet devenue une des questions majeures de la campagne qui s'est amorcée. Et c'est sur ce point que le Modem entend attirer les partis concurrents à lui: les qualifiés seront obligés de se libérer de leur programme pour faire une plate-forme centrale, voire centriste. Ils nous rejoindront sur nos thèmes, pas pour nous faire plaisir évidemment, mais par nécessité."
"Nous aurons une délibération collective au soir du premier tour, précise Jean Arthuis, président de l'Alliance centriste, qui soutient la candidature de François Bayrou. Nous déterminerons quel candidat a la plus grande convergence programmatique, lequel porte le mieux la lutte contre la dette, la défense de l'Etat impartial, la prévention des conflits d'intérêt ou l'amélioration de la gouvernance européenne".
Lequel, alors? Nicolas Sarkozy ou François Hollande? Impossible de le dire encore, selon Alain Lambert, ancien ministre du Budget qui a, lui aussi, rejoint Bayrou depuis peu: "Sur les déficits, par exemple, Sarkozy en parle mieux que Hollande, mais il a fait le contraire de ce qu'il dit depuis quatre ans et demi. Hollande en parle plutôt moins bien mais il n'a pas de passé rédhibitoire". Les reports de voix centristes, eux, sont meilleurs sur le candidat de gauche que sur celui de droite
Objectif: un groupe à l'Assemblée
Les deux François se parlent et s'apprécient, mais de là à gouverner ensemble... "Le problème d'Hollande, c'est qu'il est prisonnier de son parti", juge-t-on au Modem. En cas d'élection du candidat PS, pourrait-on voir des ministres centristes dans un gouvernement de gauche, comme lors de l'expérience de l'ouverture pratiquée par François Mitterrand en 1988?
"Ce n'est pas le cas le plus probable", euphémise Michel Sapin, chargé du projet présidentiel de François Hollande. Ce n'est d'ailleurs pas forcément ce que cherche le Modem, plus attaché à renforcer sa présence à l'Assemblée et dont le ralliement éventuel aura forcément des allures de marchandage.
"Il n'y aura pas de troc de circonscription, assure Robert Rochefort. Mais au-delà du programme politique, nous aurons évidemment une discussion sur la question de la représentativité. Nous représentons une famille politique importante. La construction du système électoral nous écrabouille, il est donc nécessaire d'introduire une dose de proportionnelle. Et si cela ne peut se faire avant les législatives, il faudra des accord de désistement pour nous permettre d'avoir un groupe à l'Assemblée". Un groupe, le Graal, pour un Modem réduit, lors de la législature qui s'achève, à sa plus simple expression à l'Assemblée: trois députés, dont François Bayrou lui-même.
Un rapprochement à l'échelle nationale avec les socialistes, esquissé mais avorté en 2007 avec le rocambolesque épisode du "Non, non, ne montez pas", n'est pas tabou au Modem. Mais au PS? Dans certaines collectivités locales, au Parlement européen, les deux partis ont déjà noué des alliances.
De là à sauter le pas lors des législatives... "C'est beaucoup trop tôt pour envisager cette hypothèse, explique Michel Sapin. On ne peut pas savoir ce que sera la dynamique après la présidentielle. Les éventuelles discussions avec le centre dépendront de la force de la gauche".
Autour du candidat PS, certains estiment qu'il ne faut pas attendre le second tour pour lancer les négociations avec les centristes. "Une façon de casser la coalition actuelle autour de Nicolas Sarkozy, assure un proche du candidat, c'est d'assumer encore plus fort la rigueur budgétaire. Ce qui nous permettra de faire douter, grâce à cette crédibilité, certaines personnalités UMP qui peuvent être en désaccord avec Sarkozy sur d'autres thématiques, par exemple la sécurité ou l'immigration".
Pour faire accepter la rigueur qui attend les Français après la présidentielle, la majorité la plus large sera en effet la bienvenue. Mais attention, à trop mordre sur le centre, à ne pas désespérer l'aile gauche... François Hollande a prouvé qu'il avait l'art de la synthèse. Pas celui du funambulisme.